La ligne jaune

Dérangée, je suis extrêmement dérangée par l’ouvrage de Baptiste Chapuis que je referme juste : La ligne jaune.

Vous voilà en premier lieu un résumé de cet écrit :
« Dans ma mémoire il y a un trou à cet endroit, une pièce noire, un néant creusé par une année d’agonie. Quelque chose dans mon histoire est resté figé là, sur le bord de la route ; mais pour la première fois depuis des mois, je me sentis apaisé, comme si le monde marquait enfin une vraie pause. Ce vécu m’a amené à ressentir une incapacité complète à être vraiment heureux ou malheureux. Depuis cette aventure, donc depuis des années, qu’il pleuve ou qu’il vente, je me tiens immobile comme une pierre. En restant le témoin d’une vie qui défilait sous mes yeux comme un long fleuve tranquille, j’ai tiré un trait sur le temps et le monde, afin d’oublier ma propre existence, pour transcender la réalité elle-même. Ce qui m’effraie, je l’avoue, c’est que je suis encore jeune, et parfois, il me semble que ma vraie vie n’a pas encore débuté, ou bien qu’elle est déjà terminée. »
Un retour aux sources de l’auteur, pour cette expédition dans le monde de la maladie. À travers ce récit, il nous emmène avec lui dans sa treizième année de vie ; une année qui va lui dérober son innocence.

Vous l’aurez deviné, nous sommes ici dans les méandres de la mémoire de l’auteur qui nous décrit la maladie. Il se trouve que le malade en question n’est autre que son père. Il fait ici ses confessions sur un passé qui reste somme toute très présent, marqué à vif par cet évènement tragique. La perte d’un être aimé n’est jamais simple et il nous l’explique. Il nous fait part de ses ressentis, de ses émotions (qui sont nombreuses dans ce genre de situation…)

Ce qui m’a dérangée ? C’est que, comme il le dit si bien, on a tous quelque chose dans notre passé, dans nos relations… qui fait qu’on a vécu une ou plusieurs tragédies, que notre vie est divisée dès lors entre regrets, espoirs… et qu’il est de notre devoir de l’apprécier, apprécier le fait d’être vivant !
Le souci, c’est que j’ai eu beaucoup, mais alors beaucoup de mal à entrer dans le récit. Peut-être est-ce parce que mon passif a quelques similitudes avec le sien et… Je ne saurais dire si c’est par manque d’envie de me replonger dans celui-ci ou tout simplement si c’est parce que je n’ai pas eu les mêmes ressentis que lui que ma lecture a été si difficile. Quoiqu’il en soit, si j’avais dû faire cet exercice, je pense que je l’aurais fait différemment et c’est certainement dans cet esprit maladroit de comparaison qui s’est installé involontairement en moi que je n’ai pas su apprécier cet ouvrage comme il se doit. Je suis en quelque sorte passée à côté.

De plus, la plume est chargée, belle certes, mais chargée. Je m’explique. On repasse à travers ses lignes dans une histoire passée, celle d’un enfant qui vit une tragédie. Maintenant, je ne sais pas, mon ressenti est confus à cause d’une problématique : je ne sais pas si l’auteur de ce souvenir est un petit garçon ou un jeune homme qui nous raconte son histoire. Parfois, on pense que c’est le garçon mais qui a des mots d’homme et inversement. Cela dit, c’est ce qui rend à mon goût « l’intrigue » aussi touchante : il semblerait que les deux soient liés de manière intrinsèque. C’est à croire qu’on a affaire à un jeune qui ne veut pas grandir au même titre qu’à un adulte qui refuse de revenir en arrière. L’auteur l’explique avec brio dans son épilogue (partie que j’ai par contre beaucoup appréciée de par sa sincérité et sa justesse). Sa vie de jeune garçon a cessé et une nouvelle a pris le relai. Du coup, volontairement ou non, les deux se mélangent.

Ce roman autobiographique est incontestablement utile, que ce soit pour l’auteur lui-même, pour ses proches ou pour les autres, les humains lambda qui sont en situation difficile (en cours ou non) due à la maladie. Des mots recherchés sont posés sur une partie de la vie gérée parfois par ce crabe, ce mal du siècle qui fait qu’on n’en sort jamais indemnes, nous les « accompagnants ». Comme avalés puis recrachés par le quotidien sec et souvent dur. Quand j’entends dans les séries ou autres « c’est la maladie qui parle », je peux assurer que c’est vrai dans bien des cas, et que ce n’est pas toujours simple à gérer. Beaucoup je suppose en sont témoins.
Il faut beaucoup de courage pour reprendre tous ces souvenirs, mettre le doigt dessus et arriver à faire un deuil. Il faut aussi du talent, de la mémoire et surtout, surtout beaucoup d’amour et d’acceptation sur qui on est.
C’est donc très mitigée que je referme ce livre. Partagée entre la reconnaissance d’un travail acharné, d’une confidence difficile et entre le désarroi face à cette « injustice » qui fait que certains partent trop tôt.

Quoiqu’il en soit, je remercie l’auteur pour sa confiance. Je le remercie aussi pour m’avoir fait découvrir son univers. Je ne saurais dire si cet ouvrage est le seul qu’il souhaite réaliser mais je suis sure d’une chose : peut-être que j’aurais plus de sensibilité sur ses mots s’ils traitaient d’un autre sujet 😉

Je ne saurais qu’affirmer que cette lecture est personnelle. Tout comme l’écriture de ce genre d’ouvrage, la lecture en est propre à chacun. Un échange de mots particuliers sur une cause particulière. Votre sensibilité saura s’y perdre ou au contraire s’y retrouver.

Ce livre m’a fait un électrochoc, comme une prise de conscience sur une réalité que je ne voulais plus mienne, mon avis n’en est que plus subjectif, mais j’en ressors touchée et « grandie ».
S’il y a une chose à dire, prenez un peu de temps, et lisez-le… il reste une belle preuve d’amour envers une personne partie, un gage que tout le monde vit des tragédies et qu’on n’est jamais vraiment tout seul et surtout, il est à sa façon, un hymne à la vie 🙂

Bonne lecture à tous !

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3 commentaires sur “La ligne jaune

  1. Wow ce livre a l’air très dur à lire ce que tu en ressors mais c’est aussi parce qu’il fait échos à une partie de toi et de ton passé. Il me fait de l’oeil en tout cas, je pense me laisser tenter mais avec tes précautions qui me seront très utiles merci .

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    1. mais avec plaisir, en effet, il est compliqué et me laisse mitigée. En revanche, il est intéressant. Je pense que mon plus gros problème et d’avoir compris l’auteur tout en ayant un ressenti différent, lais c’est aussi ce qui fait notre force 😉
      Si tu es amenée à le lire, je veux bien ton retour ! 🙂

      Aimé par 1 personne

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