Emi, Lucette et la coiffeuse

Je referme à l’instant le « petit » livre d’Évelyne Larcher.
Vous voilà avant tout le résumé :
Veuve depuis peu, Lucette, ancienne assistante sociale au langage chantant le soleil de la Guadeloupe, s’ennuie. Depuis son rez-de-chaussée, elle assiste au spectacle de la rue. Quand un drame s’abat sur la famille d’Émi la petite voisine d’en face, elle s’implique et mène une enquête parallèle à celle de Carrie, l’officier de police. Pour cela elle observe les habitants : Enzo le père de l’enfant, Rachid l’épicier, Marina l’étudiante, Pierre le dentiste, Claudine et Huguette les retraitées actives.
Qui a agressé Adèle, la mère d’Émi ? En quoi cela concerne-t-il le salon de coiffure à quelques pas de là ? Ce drame bouleverse la vie d’un faubourg, crée de la solidarité, des frictions. Personne n’en sort indemne, pas même Lucette, interpellée dans ses relations avec sa fille. Et le quartier au cœur du récit, n’a peut-être rien d’un agréable village parisien.

Alors voilà, une chose me dérange un peu, celle de coller à ce livre l’étiquette « polar ». On peut dire que c’en est un parce que bon, on a quand même une enquête rapide, quelques petits soupçons ici et là, un « crime » commis… Bref, la bonne vieille recette. Mais… en fait, ce livre est tellement plus que cette appellation me gène; cette enquête est relayée à mon goût au second plan, et ça n’a pas été pour me déplaire.

On a en effet Adèle, mère de la jeune Emi, qui se fait agresser chez elle. Trouvée in extremis par les habitants du voisinage grâce aux alertes données par sa fille, elle sera emmenée à l’hôpital et sombrera dans le coma. Le livre, c’est tout ce qui a autour 🙂
Nous avons de telles descriptions concernant ce quartier, ses habitants, les habitudes de ce dernier et les relations qui les unissent qu’on en oublie presque Adèle, comme si elle n’était qu’une excuse, au fond.
Ce texte, je l’ai perçu comme une sorte de plaidoyer dans lequel beaucoup de thèmes sont mis en avant. La douleur et la difficulté d’un couple bafoué par la tromperie, les secrets de famille qui refont surface comme par enchantements et qu’on a du mal à gérer, la jalousie et le jugement qu’on peut avoir les uns envers les autres, bien souvent sans se connaître vraiment, un peu de racisme, de sexisme, de bavardages qui vont trop loin, des spéculations… Tous les travers que nous voyons tous, au quotidien, et les différentes interactions que ces derniers nous poussent à avoir ou aux contraire, à taire.

C’est sur un fond un peu loufoque que ces choses sont abordées (oui oui, j’insiste sur abordées, car l’intrigue n’est pas non plus centrée dessus) mais aussi avec légèreté , comme si de rien était, avec un soupçon de « je pose ça là ». Je me dis que j’ai peut-être été cherché trop loin, mais je pense que si l’auteure insinue toutes ces petites choses, ce n’est pas non plus pour rien, ça ne peut pas être juste pour dire que le voisin s’appelle Rachid… Du coup, c’est toute une fresque, des personnages bien présentés (on s’y croirait en Guadeloupe, au côté de Man Lucette), une sorte de « plus belle la vie » mais avec un vrai scénario 🙂

La plume est fluide, l’ambiance reste sur un ton de légèreté qui m’a d’abord intriguée : comment parler de choses comme celles-ci avec humour et décalage sans tomber dans les clichés ? Bah elle l’a fait ! Évelyne Larcher, malgré quelques redondances et quelques longueurs, nous emmène avec elle à travers ce quartier à l’allure banale. Elle m’a plongée dans celui de mon enfance où mes voisins s’aimaient, se détestaient, se réconciliaient et se soudaient pour une cause qui leur tenait à cœur. Comme quoi, à Paris ou ailleurs, on est bien tous les mêmes ! 🙂

Une écriture légère, somme toute simple mais efficace, je recommande ce livre, un bon moment d’évasion et je remercie grandement l’auteure pour sa confiance ! 🙂

Bonnes lectures à vous ! 🙂

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