Là haut les anges

Je referme juste  l’ouvrage de Chris Roy, Là haut les anges. Un mélange de frisson, de suspense et de fresque humaine où tous les personnages comptent.

Je vous mets là un résumé :
Et si les réseaux sociaux devenaient le terrain de chasse d’un tueur en série brillant et méthodique ?
Anna Santos, 15 ans, une fille sans histoire, bonne élève, rencontre pour la première fois au jardin du Luxembourg un ami avec lequel elle échange sur les réseaux depuis peu. Elle le trouve un peu plus vieux que sur sa photo de profil, mais ce n’est pas grave, se dit-elle.
Elle n’aura jamais 16 ans.
On retrouvera son corps enveloppé dans un sac poubelle au bord du périphérique, la première d’une longue série.
Le capitaine Sara Lopez a récemment intégré une brigade spécialement créée pour arrêter l’homme qui viole et tue ces adolescentes sans laisser le moindre indice.
Entre une enquête qui piétine, un collègue sex friend qui espère plus d’elle et une mère castratrice, elle se démène pour assumer sa condition de fille d’immigrés espagnols, de flic ambitieuse, de femme, d’amante.
Un thriller où l’on suit en alternance le tueur qui rédige son journal pour la postérité, et des femmes et des hommes confrontés à des questions et des constats sur notre monde d’aujourd’hui : les réseaux sociaux, la crise de l’adolescence, celle de la trentecinquaine, l’amour, le sexisme…

Alors quoi ? Que dire sur ce livre qui, avant de m’enchanter m’a un peu fait peur ?
Il faut dire que ça commence mal : le prologue étant réservé à la fameuse Anna Santos. Un prologue qui fait froid dans le dos et vous met directement dans l’ambiance glauque de cette peur devenue le quotidien de tous : et si les réseaux sociaux hébergeaient le pire du Mal ? Cette jeune fille d’à peine quinze ans découvre via Facebook un garçon un peu plus vieux avec qui elle devient « amie ». Alors que les mauvais ressentis persistent, Anna se raccroche à des futilités qui finissent de la convaincre lors de leur rencontre et y perdra beaucoup plus que sa fierté, comme vous l’apprenez plus haut, elle n’aura jamais seize ans.

Au fil du livre, nous découvriront donc le pire des assassins, celui qui, pris par un sursaut divin se sent le pouvoir de redresser la jeunesse actuelle, celle qui n’a pas encore été polluée mais qui en prend le chemin en s’adonnant au futilités comme se montrer sur le net. Le prédateur chasse ses proies sur les réseaux sociaux pour les « libérer » et leur rendre leur vraie place. Toute l’étape entre la virtualité de leur relation y est décrite, les doutes qui s’envolent face à quelqu’un qui parle bien, qui dit ce qu’on a envie d’entendre, avec qui on a une bonne accroche, quelqu’un qui écoute ou encore qui s’intéresse à nous… Bref, quelqu’un que, finalement, on se doit de rencontrer. Cette même personne qui finalement ne se montre pas sous le même jour, mais qu’on regarde sans vraiment se poser les bonnes questions. Au final, n’est-ce pas idiot de juger trop vite quelqu’un à son physique alors qu’on a passé du temps ensemble ?

Pour contrer ce dernier, nous avons Sara, une jeune femme qui fait front à plusieurs situations contextuelles là aussi étudiées. Elle est donc une femme dans les forces de l’ordre, elle est fille d’immigré… Tout autant de sujets plus ou moins tabous qui vont être ici mis en scène. Elle aura une histoire avec son collègue et ami qui viendra recouvrir le tout et nous donner un aspect humain, celui qui va venir contrebalancer toute l’horreur qu’on ingurgite de l’autre coté 🙂

Alors voilà, ce livre est à tiroir, un livre tantôt marqué par des ados qui ne voient pas la dangerosité du monde qui les entoure, tantôt par des flics impuissants face à une enquête qui les dépasse, tantôt par un tueur. Tous les points de vue nous sont donnés et nous immergent un peu plus dans les tréfonds d’une histoire qui se veut réaliste au possible, c’en est à couper le souffle. Le tueur quant à lui, nous le suivons via son journal. Non pas des confessions, car il n’est coupable de rien, mais pour la postérité, des explications sur ce qu’il a fait, comment et pourquoi. Le récit est donc dès lors rendu effroyable mais néanmoins parfaitement crédible. Ce chassé-croisé bien mené va vous emmener dans l’antre du mal avec beaucoup d’habileté et de réalisme, si bien qu’on en a quelques frissons.

Dans un premier temps, c’est la plume de l’autrice que j’ai remarquée. Elle est fluide certes, mais elle est surtout précise, incisive. Les mots vous transpercent, parce qu’ils tapent là où il faut pour bien vous faire prendre conscience du danger potentiel. À aucun moment nous ne sommes épargnés, nous avons une énumération de faits, de situations dont nous sommes témoins. Nous finissons presque par culpabiliser de ne pas y penser plus régulièrement. D’une façon percutante, Chris Roy vous plonge dans un monde sinistre qui n’est pas si éloigné de la réalité : entre selfie, image de soi, volonté d’être liké, poké… sur instagram et autres, nous voyons au jour le jour qu’il manque cruellement quelque chose à nos vies, manque que nous cherchons tous à combler plus ou moins de la même manière. C’est à travers les yeux de l’autre qu’on apprend à s’aimer et c’est ce qui ici va nous faire défaut. La douleur de l’adolescence vite oubliée nous revient en pleine face avec une rudesse non négligeable.

Bref, du coup, il faut dire ce qui est, ce livre est très bon. Il est criant de vérité, s’affirme de façon « violente » dans une société moderne qui nous dépasse, nous emmène au creux de l’enquête policière sur la pédophilie… Il y a tout.
Les personnages sont travaillés, l’histoire extrêmement bien menée, les sujets traités d’une façon poussée. En plus de nous servir tout ça sur un plateau, l’autrice s’amuse à nous faire un petit switch final plutôt sympa !

Vous aurez bien compris qu’à ce jour, je ne peux que vous recommander de lire cet ouvrage touchant et réaliste, ancré dans le moderne de façon originale. D’ailleurs, je remercie grandement l’auteur pour m’avoir fait découvrir son univers. Cet univers, vous le retrouverez aujourd’hui dans l’auto édition, un second souffle ayant été donné à l’écrit, sorti une première fois en 2017.
Bonne lecture à vous, et ne laissez pas vos enfants trop traîner sur les réseaux ! 🙂

 

 

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