Le 17 ?

La lecture de cet ouvrage s’est fait pour ma part en deux temps : celui où j’ai lu (jusque là, tout va bien), et celui où je me suis questionnée sur l’auteur de ce recueil. Pourquoi, me demanderiez-vous ? Parce que je sors de ma zone de confort, vraiment. Je suis de nature (et vous l’aurez compris, vous qui suivez mes aventures livresques) à lire du polar, du thriller, du huis-clos. Ici, vous trouverez un peu de chaque, mais pas que…

Déjà, un petit résumé que l’auteur propose en quatrième de couverture, avec beaucoup d’humour et un franc-parler qui m’a fait sourire :
« Bonjour, amis lecteurs,
Avec la complicité renouvelée de Marcel Gillet, gardien attentif et avisé des Éditions du Bord du Lot, je vous confie ce nouveau recueil de nouvelles. Je vous le confie comme si… (Mais si, mais si ! Je suis très sérieux !) je vous confiais ma bagnole. Pas très jeune. Pas très vieille non plus. Mais noire avec certitude. Et encore un peu attrayante si j’en juge par les quelques récompenses reçues à l’occasion de divers concours. Avec cette bagnole un peu étrange quand même, j’espère vous voir partir pour un long voyage. En 14 étapes ! À travers toute la France, et même au-delà ! Afin d’y rencontrer des personnages mêlés à des histoires disons… un peu hors du commun, hors des sentiers habituels, extraordinaires parfois. Mais toujours noires. Avec certitude ! Enfin, pour être totalement complet, je dois aussi vous avertir. Toute conduite de bagnole, la mienne y compris, présente un danger. Coup de frein de ponctuation vous projetant sur le pare-brise. Franchissement de ligne toujours possible. Dérapage sur des mots gravillonnés. Que sais-je encore ? Alors, allez-y mollo, avancez avec prudence. Et puis surtout, évitez de vous mettre sur le toit ! La 4e de couverture ne suffirait pas à vous protéger !
Maintenant, si par malheur, mégarde, inattention ou endormissement (ce que je ne souhaite évidemment pas !) un tel accident vous surprenait, un conseil : appelez le 17. D’ailleurs, pour vous aider en cas d’urgence, le téléphone est sur la première page ! Allez, bonne route et bon voyage. Et n’hésitez pas à m’en donner… des nouvelles, bien sûr ! »

Alors voilà, vous l’aurez compris, Alain Bourgasser reste dans le noir. Mais attention, le style à part entière de ce dernier, soit la critique sociétale, l’ancrage dans un contexte précis. Parfois satirique, parfois cynique, profitant du thriller tout comme du polar, en passant par la poésie ou encore la personnification, l’auteur nous fait effectivement voyager. Là où se posait réellement mon problème était le genre, le genre littéraire en lui-même. Car quand je vois « nouvelles noires », je suis (comme beaucoup d’entre nous) restée sur l’appellation du roman noir, longtemps considéré comme « sous genre » du policier. Je m’attendais donc à une avalanche d’histoires frissonnantes, cernées de cruauté, d’avidité, de crimes… Sauf qu’ici, l’auteur nous ramène au véritable sens du genre via des faits de société. Nous avons donc des histoires toujours dans un contexte précis, qu’il soit géographique ou temporel. Tantôt bercés par le suspense, tantôt par la description de faits (un peu à la façon d’une chronique journalistique, un exposé…), nous suivons toujours un auteur qui nous guide par des chemins de traverse dans son univers sombre et bien pensé. Des mots choisis, qui tombent juste et dont on sent la recherche travaillée. Ayant l’habitude des recueils dont plusieurs plumes vont vers un même style, ne suis-je pas surprise de voir une seule plume partir dans plusieurs genres !

Ma surprise est telle que je me suis permise de faire appel à l’auteur (2e temps de ma lecture 😉 ). Le culot gagnant, voilà que je vais le rencontrer autour d’un verre pour un moment sympathique et pendant lequel tout s’éclaire. Alain Bourgasser, qui est-ce ?
Voilà que cet homme au parcours primé m’explique qu’il n’a pas vraiment de public, que ce n’est pas ce qu’il cherche. Ce qu’il souhaite, c’est toucher les gens, toucher la sensibilité de chacun à vouloir s’ouvrir au monde. Avec un passif fort ancré dans la poésie, il pèse ses mots à chaque phrase, voulant leur donner le poids qu’ils méritent. Chaque idée est dépeinte de manière précise, presque chirurgicale. Qu’il nous parle de sentiments ou d’actes, chaque situation est toujours ramenée de façon légitime et minutieuse dans son décor. Parce que c’est important le décor, quasi tout autant que les personnages qui l’habitent. C’est tout en images et de façon presque cinématographique qu’il nous entraîne avec lui à travers ces pages.

Pourquoi passer de la poésie aux nouvelles ? Parce que c’est de loin le meilleur format, la plus évidente des « mutations » en écriture. Jeune élève, Alain est accusé de plagiat par un de ses professeurs. Ayant toujours eu un goût prononcé pour l’écriture qui a été pour lui l’exutoire d’un passé délicat, il a gardé cette fervente flamme, mais n’a pas su s’en tenir à la poésie : un cercle relativement fermé auquel il ne semblait plus appartenir. Pourtant, l’envie d’écrire perdure (et tant mieux pour nous, lecteurs), mais il ne veut pas perdre du temps et de l’énergie dans un roman. Un roman, c’est long, c’est un acharnement sur une histoire. Alors, pourquoi s’en contenter quand on peut en raconter plusieurs ? Voilà donc un compromis : plusieurs histoires, plusieurs façons de conter, tout en gardant cet ancrage pour la poésie au sens large qu’on ressent dans ses lignes, mais dont les codes ne sont pas respectés à la lettre. Vous ne trouverez pas ici d’alexandrins, ni de strophes. En revanche, vous trouverez une plume fluide, un vocabulaire châtié et un goût prononcé pour les descriptions… Une invitation au voyage, en somme.

C’est avec ces explications et cette nouvelle vision sur son travail que je ré-ouvre quelques unes des nouvelles de l’ouvrage, et que je les trouve bien pensées, au final. Non pas que je les ai détestées dans un premier temps, plus que je les avais vues avec un œil un peu moins compréhensif, un peu moins aguerri. Comme je le disais, je sors de ma zone de confort 😉
Maintenant que je vous ai donné les ficelles pour ne pas vous méprendre sur le style… Je vous invite à découvrir l’univers de cet auteur qui n’est pas si conventionnel si on s’en tient aux écrits actuels (souvent définis sur une situation trop personnelle, fermée). Alain veut nous soustraire à ce genre de littérature cloisonnée, celle qui est intimiste, souvent centrée sur une histoire de famille, de couple ou autre. Ici, il nous démontre que le mal est partout et redonne son sens au « fait divers », à la critique sur un symptôme sociétal. En allant du crime organisé à la pulsion, en passant par le terrain mafieux, vous trouverez ici de quoi vous rendre un brin pessimiste sur certains aspects de la nature humaine.

Bref, vous trouverez ce recueil très simplement auprès de l’auteur lui-même (qui vous le dédicacera si vous êtes sage), en lui envoyant un petit mot ici-même : alain.bourgasser@orange.fr

Si vous souhaitez par ailleurs découvrir d’autres recueils (oui, oui, il est actif notre auteur 🙂 ), vous pouvez aussi vous référer à Derrière la palissade ou encore Treize 47. Chacun des recueils ouvrant la porte à différents sujets, non tournés vers le noir cette fois-ci 😉

De bonnes lectures à tous et… bonne découverte !

 

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