Sénescence

Voilà un livre au goût d’urgence et de priorités…
Je vous laisse là un résumé :
En 2020, une mutation génétique provoque une accélération du vieillissement de la population mondiale.
Vous avez quarante ans ? Il ne vous reste plus que dix ans à vivre.
Vous venez de naître ? Votre espérance de vie se limite à une vingtaine d’années.
À cinq ans, vous pouvez devenir parent. À dix, vous pourriez être grand-père ou grand-mère.
Quatre témoins, quatre manières d’appréhender les coups du sort : dompter l’Everest, trouver la faille, tituber dans les abîmes, goûter le présent…
Dépêchez-vous de vivre, il est peut-être déjà trop tard…

Alors voilà, j’ai eu beaucoup, mais alors beaucoup de mal à rentrer dans l’histoire. Les premiers chapitres sont un peu flous, non pas dans leur construction, non non, mais dans la logique elle-même. Je m’explique un peu : nous arrivons au pied levé dans un monde dans lequel une mutation (on ne sait pas exactement laquelle et encore moins le pourquoi) a fait que l’homme vieillit plus vite, environ 4 fois plus vite. Une sorte de progéria ++ a envahi l’espèce humaine. Sauf que voilà, pour ma part, un gamin de trois ans qui se trouve en avoir 12/13, j’ai un peu de mal à le visualiser. Surtout que, attention, cette anomalie touche l’intégralité de l’espèce. Donc vous avez les natifs d’avant mars 2020 (oui oui, ça promet d’être une belle année ! 🙂 ) qui ont cumulé leurs années de façon « normale » -les guillemets sont là parce qu’au final, est-ce vraiment la normalité de compter le temps en années, et combien de temps est censée durer cette année ? Bref… je m’égare- auxquelles s’ajoutent donc les années post-mutation. Du coup, ce n’était pour moi pas trop envisageable, j’ai eu donc un peu de mal à m’identifier…

MAIS, n’est pas Luca qui veut. Passés ces quelques chapitres, on finit par se foutre de la logique, il s’agit là d’un état de fait, et on s’immerge dans l’intrigue comme s’il était normal de multiplier les années par 4. On comprend vite que ce qui est important dans tout ça, c’est que l’Homme prend conscience qu’il n’est pas éternel, certes, mais surtout, qu’il n’est pas là pour longtemps. L’espérance de vie est donc passée à la vingtaine environ. Sauf que, qu’est-ce que vous faites en vingt ans ? Quels sont vos émotions, votre expérience, votre apprentissage ? Comment gérer ou envisager une expertise quand on en est à un âge où on ne peut même pas espérer se connaître soi-même ?
Nous suivons donc là plusieurs personnages, tous aussi prenants les uns que les autres. Il y a ceux qui ont décidé de vivre « normalement et sainement », pensant que ça impacterait leur peine,ceux qui sont vénaux, qui pensent que seule la richesse leur emmènera quelque chose de valable, et puis il y a ceux qui ont décidé de prendre des risques, de tenter par un périple, de trouver des questions auxquelles ils n’ont pas de réponse dans leur quotidien, le tout sans être sûr de se poser les bonnes… Et enfin, il y a ceux qui se démènent, qui s’acharnent sur les faits, tentant de trouver une solution, scientifique, médicale…

Du coup, avec ce qu’il se passe actuellement, j’ai envie de dire que pourquoi pas ? Pourquoi pas voir dans toutes ces choses qui arrivent une sorte de changement, de mutation ? Peut-être pas la même, bien évidemment, mais une mutation pour nous faire prendre conscience qu’au final, plus grand chose ne va. Nous voyons que dans ces temps un peu mornes du confinement, le pic de pollution a baissé, que les lacs et rivières ont un nouveau souffle, que les dauphins reviennent dans les ports… Et ça ne fait au final pas si longtemps que le temps s’est arrêté.

Luca, par sa plume tant incisive que poétique nous emmène toujours plus loin. Ici, vous trouverez une ode, une ode à l’urgence, une ode à la vie, il nous pousse dans certains de nos retranchements. Malgré moi, j’en suis venue à me poser quelques questions : si on devait mourir demain, qu’est-ce qu’on ferait ? (le premier qui dit « je t’aimerai »… Bref !) Qu’est-ce qu’on ferait là, maintenant ? Est-ce qu’on exploiterait à fond le temps qu’il nous reste ? Est-ce qu’on saurait comment s’y prendre ? Et, est-ce qu’on aurait les moyens de le faire ?

Même si les débuts ont été rudes pour moi par ce problème de projection, l’auteur a encore une fois su m’embarquer de sa plume fluide. Oui, encore une fois, j’ai trouvé ici de quoi m’évader, vraiment. Que ce soit par l’écriture, les personnages ou encore l’intrigue, nous avons là un récit original dans des temps qui nous poussent à en comprendre les principaux symboles.
Un grand merci à Luca, un auteur au talent incontestable, pour sa confiance renouvelée. Ce n’est jamais à regret que j’ouvre un de ses ouvrages. Alors encore une fois, je le conseille vivement.
Et je n’ai pas peur de le faire, parce que, du haut de mes 35 ans, je suis périmée et aurait dû mourir il y a bien longtemps 😉

Un commentaire sur “Sénescence

  1. La force de Luca est incontestablement sa plume stratosphérique digne des plus grands, tous époques et genres confondus… J’ai également eu du mal à me plonger dans l’histoire à proprement dit car je ne m’attendais pas du tout à cette focalisation de prime abord, mais son style est si immersif qu’il est impossible de ne pas se laisser porter… Un bijou incontestable, une fois encore !

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