La cave aux poupées

Alors que j’ai été intriguée par ce livre suite aux divers retours que j’en avais eus, je me suis plongée dedans. Dès les premières pages, je me suis dit que ça allait être dur d’aller jusqu’au bout, mais  je ne pouvais pas m’empêcher de tourner les suivantes pour autant.

Je vous mets là un résumé :
Manon n’est pas une fille comme les autres, ça, elle le sait depuis son plus jeune âge.
En effet, une fille normale ne passe pas ses journées à regarder la vraie vie à la télé.
Une fille normale ne compte pas les jours qui la séparent de la prochaine raclée monumentale…
Mais, par-dessus tout, une fille normale n’aide pas son père à garder une adolescente prisonnière dans la cave de la maison.

Voilà que je suis alors très mitigée sur cet ouvrage. Je ne dirais pas que je l’ai aimé, parce que ce n’est pas entièrement vrai… Au même titre que je ne peux pas affirmer l’avoir détesté… Du coup c’est compliqué 😉
Je ne parlerai même pas ici de points forts ou de points noirs, ce n’est pas l’idée, mais plutôt de choses que j’ai aimé y trouver, et de choses qui m’ont littéralement dérangée.

D’abord, il y a la narration. Il faut dire que le sujet du huis-clos est plus que maintenu. Nous avons une grande majorité du livre qui est un monologue de la jeune fille, celle qui est littéralement séquestrée, et qui a appris à vivre avec. Nous avons là une jeune fille qui n’a connu que sa maison, (celle de son père plus exactement) et son ambiance macabre. Celle où elle plonge chaque jour un peu plus dans la violence tant physique que mentale et dont elle n’a plus la chance mais surtout le réflexe de vouloir s’en échapper. Une maison dans laquelle le lugubre et le lubrique ont fait son quotidien, dans laquelle elle s’est habituée à contenter son père sans faire d’histoire, à ne pas savoir que la vie pouvait être autrement à part au travers de ses feuilletons et reportages vus sur l’écran de sa télé.
Vous l’aurez tous compris, nous avons ici l’antre d’un pédophile assoiffé de sexe et de sang. Les différents thèmes explorés ne le sont pas dans leur totalité, ce qui est normal puisque biaisés par la vue d’une jeune fille ayant grandi dans un monde dénaturé, irréel et franchement pas des plus gais !
Le traitement de l’histoire est très bon, même si quelque fois, on aurait pu croire au manque de réalisme du récit principal, l’autrice nous balance dans les arguments et la façon de penser de la protagoniste afin qu’on se prenne en pleine gueule le fait qu’elle n’a pas tant le choix, que son instinct de survie et sa soif d’espoir va maintenir dans ce cocon sans trop y réfléchir. C’est plus par intelligence et par manque de moyen que cette dernière va se retrouver cloîtrer dans cet enfer.

Nous avons cette jeune fille qui a donc son quotidien de ménage, de coups reçus, de torture mentale et physique, qui « revient à la vie » petit à petit et maladroitement lorsqu’un jour, son chemin croisera celui de Camille. Qui est Camille ? Une des jeunes filles que  le Père aura remisées dans sa cave en tant qu’esclave sexuel. Une de plus une de moins, nous ne voyons pas vraiment de différence, mais celle-ci va pourtant l’être, différente. Parce qu’elle ne sera plus un meuble, elle ne sera plus un objet de soulagement tant pour elle que pour son père, mais un être à part entière puisqu’elle a un prénom. Un lien se tisse et un uppercut est reçu par le cœur de notre protagoniste. Des doutes l’assaillent sur qui elle est, sur ce qu’elle fait, sur ce dont elle est malgré elle complice et sur un futur hypothétique qu’elle pourrait avoir. Bref, un questionnement bien trop complexe et douloureux quand on a ce passif !

Voilà tout, cette histoire, elle est « belle », prenante, et pleine d’espoir et d’envie de rédemption, c’est vrai. Mais elle est aussi tordue, noire, glauque (peut-être même un peu trop pour moi). C’est certainement tout ça qui fait que j’ai eu du mal à terminer ma lecture. Il s’agit d’un livre court, mais par la taille, chaque page me demandait un effort supplémentaire, mais je voulais voir si oui ou non cette jeune fille aurait un espoir de se sortir de son calvaire. Du coup, je ne pouvais pas m’empêcher de continuer, presque malgré moi. N’est-ce pas ici, au final, une preuve que ce livre est bon ? Malgré tout mes ressentis, mon amère découverte au fil des pages, mes nombreux doutes quant à le continuer, mon envie incessante de le couper en me disant que c’en est trop, pour au final le terminer, tourner les pages sans interruption afin de savoir jusqu’où on irait ? Là plume nous entraîne à travers des mots simples dans des situations quant à elles terriblement complexes et tordues. C’est là qu’on arrive à ce que j’ai détesté, vraiment ! Une avalanche crue de monstruosité infligée à cette jeune fille. Toujours plus, vraiment, comme s’il ne pouvait pas y avoir de fin à la tourmente, comme si un ou deux malheurs ne pouvaient pas suffire. Elle entre dans un tourbillon d’atrocités qui semble ne jamais vouloir se terminer, et pour moi, c’en était trop, bien trop pour que je puisse le supporter. Alors que mon p’tit cour disait stop, mes mains tournaient encore les feuilles.

Vous comprendrez donc mon côté « mitigée », je suis partagée entre conseiller le livre :
Car quelque part, il n’est pas mauvais de rappeler que ce genre de chose existe, et ce de façon intelligente. Car oui, l’autrice le fait de façon intelligente, de par son écriture qui est fluide et va au bout des choses, de par son intention de décrire des passages terribles, vraiment, mais sans y coller des mots trop percutants (les yeux glissent sur les feuilles, sans atrocités, sans sang gratuit, sans…) Bref, toute la noirceur et l’horreur se ressentent dans l’intrigue et non dans les mots, et ce décalage est vraiment bien fait et troublant à souhait ! Ce n’est donc qu’au moment où vous le fermez (ce que j’ai fait plusieurs fois au cours de ma lecture) que vous prenez réellement conscience de l’essence de la situation affreuse dans laquelle on est plongé. Un personnage fouillé dans tous les sens, creusé à souhait et aux cotés duquel nous passons la quasi intégralité du roman. Et pourtant, on ne perd pas de vue que plusieurs personnages sont concernés et que plusieurs « vies » vont être dépeintes à travers ses mots.

Et vous conseiller de le fuir :
On a cette vague impression qu’il y en aura toujours plus. Sans fin, sans répit, cette pauvre gamine, rossée par son père, en voit chaque jour un peu plus. On ne peut imaginer toute cette avalanche de monstruosité lui tomber dessus, tellement que ça n’en est plus crédible. Du moins, c’est ce qu’on se force à penser, que ce n’est pas possible, ni même imaginable. Du coup, on en vient à se dire que « trop de trop tue le trop », et quelques passages du coup m’ont paru longs voire inutiles au déroulement de l’intrigue. J’ai eu quelques fois l’impression que l’autrice voulait rajouter un peu plus de malheur et de Mal sur le dos de cette jeune fille déjà trop touchée, trop soumise. « Tiens, te voilà encore un peu plus de choses pour t’achever, te tuer de l’intérieur… » Comme si elle n’était pas déjà une coquille vide, la pauvrette ! Si vous aimez le sombre, la torture et le huis-clos, cela reste un très bon exercice 😉

Alors voilà, ce livre,il est TROP pour moi, trop de tout, mais quoiqu’il en soit, je suis obligée de reconnaître qu’il est bon, et qu’il y a de la bonne foi et de bonnes intentions, une autrice qui a eu l’intelligence de nous montrer que, même quand on devient bourreau malgré soi, même quand on est dans la pire collaboration qui soit sous l’emprise d’un esprit déviant, la rédemption n’est pas impossible, et que l’on peut rester « humain ».

Pour le reste, je vous laisse seul juge, et vous souhaite bonne lecture ! 🙂

 

 

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