Norillag

Comme son aîné Internato l’a fait avant lui, Norillag traite de sujets sombres comme l’abandon, les secrets familiaux, le deuil et la dictature. Tout ça sur toile de fond de thriller, bien mené par ailleurs, afin de vous faire frémir tant par sa véracité que par son intrigue.

Je vous laisse donc là le résumé : La vie entière de Gustave repose sur un mensonge. Pour se reconstruire, il doit lever le voile sur le mystère de ses origines. Sa quête débute dans la période Stalinienne et plus précisément dans les Goulags de Sibérie. Gustave nous entraîne dans une course contre la montre, dont l’enjeu est essentiel : connaître son passé, donner un sens à son existence

Du coup, vous l’aurez compris, on suit de nouveau ici Gustave, ce jeune homme qui est d’abord parti étudier dans un lycée un peu fou en Argentine. On le retrouve dans une quête identitaire pour comprendre d’où il vient, qui sont ses géniteurs et quelles sont ses origines… Il sera épaulé pendant son périple par Nada, son amie révélée en Argentine. Il faut dire que le passé de ces jeunes créé des liens…

Je vous déconseille donc de lire Norillag avant son grand frère. Pourquoi ? Parce que l’intrigue bien sûr, qui se suit, mais pas que. Pour ce livre comme pour beaucoup, je dirais que dans l’absolu, ils peuvent être lus indépendamment (il ne vous manquerait pas tant que ça pour comprendre la quête de Gustave et vous pourriez vous y retrouver), mais ce serait dommage, car vous ne pourriez mettre le doigt sur l’évolution de la plume en plus de celle des personnages.
L’autrice, on la sent ici (même si les doutes et les appréhensions doivent être grandes) plus sûre, plus pointue. En gros, la plume déjà très bonne dans le premier tome, se perfectionne ici. Jonglant entre phrases courtes, percutantes dans les dialogues ou le déroulé d’une intrigue haletante et des phrases un peu plus longues, élaborées pour les descriptions ou les événements marquants. Ici, la construction jusque dans le détail est intéressante.

Pour ma part, je n’ai pas eu le coup de cœur que j’ai eu pour Internato. Qu’on s’entende bien, aucun rapport avec le talent de la plume, mais plus avec la surprise en moins. J’ai beaucoup aimé et ai été très attendrie par le parcours de Gustave, mais n’ai pas trouvé la même action, pas la même appréhension que dans le premier. Ceci dit, il faut reconnaître que l’ambiance n’est pas du tout la même. Ici, nous sommes plus dans le glauque d’un passé peu rassurant duquel tout reste à découvrir. Gustave est tout du long coincé dans un étau entre pression, espoir et déconvenues. On est plus dans la rétrospection de son passé que dans l’action de son présent. En gros, c’est tout simplement que je me suis sentie moins sensible à la toile de fond de cet opus.

Pourquoi je le recommande ? Parce que la construction est originale, et surtout limpide. La lecture est fluide, sans accrocs, il n’y a pas de fioritures et le tout se mélange à un fond culturel qu’il est intéressant de rappeler. L’avilissement de certains peuples par les dictatures aux quatre coins du monde est une chose qu’on se cache facilement, qu’on refuse de voir ou tout simplement de « revoir ». Le texte détone, comme une mauvaise arme face à une situation qui nous dépasse. Il appelle au respect, au souvenir, mais aussi démontre que beaucoup n’ont pas « la chance » d’être en démocratie » (même si certains diront à tort ou à raison que notre pays n’en est pas une non plus…)
C’est l’uppercut dont nous avons besoin de temps en temps, il me semble, pour toucher du doigt ce qu’il s’est passé ou se passe encore en dehors de nos frontières, que la vie n’est pas simple sous nos toits, mais qu’il y a toujours pire.

En gros résumé, nous trouvons là une histoire percutante, touchante, appuyée par un contexte culturel qui a existé et qui nous conte un passé comme il doit y en avoir des centaines (romancé certes, mais quand même). Les personnages sont attachants, vraiment, leurs caractères sont prenants et réalistes : le concret qui les a fait se rencontrer les pousse dans cette suite logique sans artifices. La déchéance de ces jeunes choqués, livrés à eux-même par la force des choses, ils tiennent la route, et c’est pour nous faire vivre un très bon moment de lecture.

Le hic ? C’est que la fin ne laisse aucune place au doute. On nous avait prévenus qu’il s’agissait d’une trilogie, c’est vrai… Mais le goût de reviens-y et surtout l’empressement de connaître la fin des aventures de Gustave se font vraiment sentir. Alors… Prenez plus le temps que moi pour lire ce bouquin, ce bijou qui est plein de bons sentiments, dans le fond. Car, de mon côté, je l’ai dévoré en deux jours, et j’ai maintenant un petit pincement, une impression de manque. Non pas que je vais le relire, mais… Un petit message à Céline Servat : il va falloir faire ça bien dans le troisième volet, car la barre est haute ! 🙂

Un grand merci aux éditions M+ qui m’ont permis de suivre ces aventures, et à Céline pour ces mot touchants qui font mouche…

Bonnes lectures à tous ! 🙂

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